Aujourd’hui, on parle de rudologie (étude systématique de nos déchets sous l’angle de leur nature, de leur quantité, de leur gestion, et même sous l’angle de la sociologie…).
Alors que fut un temps (pas si lointain), la poubelle (le contenant et le nom) n’existait pas.
Les villes, avant l’invention de la poubelle, voyaient s’entasser pêle-mêle les déchets ménagers, les eaux usées et les restes de nourriture, situation que l’on vivrait aujourd’hui comme un véritable cauchemar olfactif. Mais le chiffonnier, ou biffin, était là pour récupérer ce qu’il pensait pouvoir monnayer. Une figure emblématique des circuits de réemploi des matériaux.
Tournant historique : le 7 mars 1884, Eugène Poubelle, alors Préfet de Seine, et dans la continuité des découvertes de Louis Pasteur, bouleverse la vie des Français par un arrêté en imposant aux propriétaires de fournir à leurs locataires des récipients munis d’un couvercle. Ceci afin de mettre fin au spectacle de rues jonchées d’immondices. Cette décision est d’ailleurs mal accueillie par les propriétaires assujettis à de nouveaux coûts. Le journal Le Figaro avait à l’époque désigné péjorativement ces contenants « poubelles ». Le nom est resté, le mépris a disparu. Le mot est entré dans le dictionnaire de l’Académie française en 1890 uniquement, soit six ans après l’adoption de l’arrêté.
Pourquoi un tournant : ce qui était avant considéré comme autant de ressources devient un ensemble de matériaux suspects, que l’on doit soustraire aux regards.
La suite :
– les décennies d’après-guerre sont marquées par une envolée sans précédent de l’empreinte des sociétés humaines sur leur milieu. Entre 1920 et 1970, la production des déchets aux États-Unis augmente 5 fois plus vite que la population ;
– 1970-1990 : la prise de conscience écologique amène à l’instauration d’un ministère de l’Environnement, en 1971 (dénommé « ministère de l’Impossible ») ; en 1975 est adoptée la loi relative à l’élimination des déchets et à la récupération des matériaux ;
– 1992 : une nouvelle loi exige que seuls les déchets « ultimes » soient mis en décharge ; c’est également la naissance des REP (responsabilité élargie du producteur) ; le management détritique devient un service lucratif pour les entreprises ;
– A partir de 2010 : le coût (économique et écologique) des matières premières incite à une valorisation des déchets. Le gisement des matières premières diminue, on se tourne donc vers le déchet qui, une fois valorisé, constitue une nouvelle ressource. La Chine jouera un grand rôle dans ce recyclage, jusqu’à la fermeture de ses portes en 2018.
Évolution de la production de déchets au fil du temps :
– Au Moyen-Âge, environ 50 kg/habitant/an
– Début XXème siècle : environ 150 kg/habitant/an
– Dans les années 80 : 250 kg/habitant/an
– Aujourd’hui : plus de 500kg/habitant/an
Reconstitution d’un ensemble de déchets trouvés dans une latrine médiévale (Grande Galerie de l’évolution)
Production de déchets par une famille française actuelle de 4 personne accumulés pendant 10 jours (Grande Galerie de l’évolution)


